BILAN ET PERSPECTIVES D’INVESTISSEMENT : Analyse par Bertrand LAMIELLE – DG de PORTZAMPARC GESTION

Investisseurs particuliers ou professionnels : Bertrand LAMIELLE vous donne son bilan du premier trimestre et ses anticipations pour les mois à venir.

Bilan du premier trimestre 2020

Le premier trimestre s’est tout d’abord bien engagé, dans la lancée de 2019.  Les entreprises devaient voir leurs bénéfices augmenter de 9%, le monde devait connaître une nouvelle année de croissance. Nous surveillions les développements de la guerre commerciale sino-américaine et l’avancement du Brexit. Le covid-19 ne faisait alors que peu parler de lui. Dans les analyses, cela ressemblait à une n-ième crise sanitaire asiatique. C’est lorsque que les premiers cas sont apparus en Italie que les marchés se sont retournés, à une vitesse jamais égalée. Ce n’était pas la première fois que nous avions à vivre un recul des marchés de près de 40%. Mais c’était la première fois que cela se faisait en seulement 20 jours, et sans séances de reprise intermédiaire. Pour illustration, en 2008, pour perdre 40%, il avait fallu plus d’un an (juillet 2007/octobre 2008). Et le marché nous avait « offert » plusieurs séquences de rebond de plus de 10%.

Cette crise du covid est bien celle de tous les records. On considère que la moitié de la population de la Terre est en confinement, 44% des emplois privés en France vont se mettre en chômage partiel, aux Etats-Unis, les destructions d’emploi n’ont jamais été aussi fortes et rapides, 22 millions de personnes ont perdu leur emploi en 15 jours début avril.

Pour ne rien arranger, les grands producteurs de pétrole (USA, Arabie Saoudite et Russie) ne réussissant pas à s’entendre sur leur quotas d’extraction ont envenimé la situation en désorganisant complétement le premier marché de matières premières. Dans un environnement apaisé, la baisse de l’or noir aurait été vue comme une aubaine pour les consommateurs. Mais dans un monde confiné, la baisse n’a profité à personne. Elle a juste mis en lumière les effets négatifs sur les entreprises du secteur pétrolier qui s’en trouvent considérablement affaiblies.

Face à cela, les réponses des gouvernants et des banques centrales ont été considérables et là aussi ont atteint des montants jamais vus. Les banques centrales ont étendu leurs programmes de rachat d’actifs pour permettre le financement de l’économie, apporter la liquidité nécessaire au marché et éviter une envolée sur les taux longs. Les Etats ont mis en place des systèmes de soutien à leurs économies en mobilisant des fonds de soutien aux entreprises, en donnant plus de flexibilité, en desserrant certains carcans administratifs. Le plan américain de soutien est 3,5 fois plus important que celui qui avait été déployé en 2008. En Europe, un premier accord a été trouvé pour allouer 500 milliards € en plus des réponses nationales. Le mot d’ordre a été le même partout dans le monde : faire en sorte que l’économie, la consommation puissent redémarrer dans les meilleures conditions possibles en sortie de confinement.

Face à ce choc exogène inédit, que s’est-il passé sur les différentes classes d’actifs ? Jusqu’en février, les marchés ont continué sur leur trajectoire de 2019. A partir de fin février, et jusque mi-mars, la spirale baissière a touché tous les compartiments : Les indices actions en premier lieu, mais aussi le segment des taux (sur fond d’augmentation du risque de défaut). Même l’or a été emporté dans ce mouvement de panique. Depuis la mi-mars, la volatilité a reflué, permettant ainsi la reconquête d’une partie du terrain perdu. Au niveau sectoriel, la technologie, la santé, les biens de consommation (luxe), les services aux collectivités se sont beaucoup mieux comportés que la moyenne. Bien pondérés dans vos portefeuilles, ils ont eu un effet amortisseur sur leur recul. A contrario, les valeurs pétrolières, automobiles, tourisme, et financières ont fortement souffert. Nous n’avions pas ou très peu de ces titres et avons profité du regain des marchés sur les dernières semaines du trimestre pour diminuer encore nos positions.

Perspectives

Comment comptons-nous aborder le deuxième trimestre ? Nous allons encore plus que d’habitude étudier de près les communications des entreprises. A l’occasion des publications trimestrielles, elles vont nous fournir de précieuses informations. Quel aura été l’impact sur le premier trimestre ? Comment envisagent-elles le second, la fin d’année ? Vont-elles bénéficier des aides gouvernementales ? Ont-elles connaissance de changement de comportement de leurs clients, de défaut de leurs fournisseurs ? Nous serons également attentifs à la façon dont le marché reçoit ses informations.

A l’heure actuelle, nous constatons que les valeurs et secteurs épargnés dans la chute sont aussi ceux qui ont bien profité de la remontée. Ils sont bien représentés dans nos sélections. Il est probable que ces titres faisant partie des secteurs du luxe, de la santé, de la technologie publient des données qui confortent leur statut de valeurs privilégiées.

Nous surveillons aussi les titres qui ont été fortement attaqués, et se retrouvent à des niveaux de valorisations extrêmement bas. Si le contexte devenait plus favorable à la  prise de risque, ils pourraient de nouveau bénéficier de la faveur des investisseurs. A ce jour, rien n’indique que ce phénomène se mette en place mais nous savons que ce type de revirement peut être rapide et porteur de performances.

Du côté des taux, la situation est encore confuse. Il est certain que les semaines qui viennent verront les agences de notation logiquement dégrader les notes des emprunteurs, notamment des plus fragiles que l’on retrouve dans les secteurs automobile, aérien, et industriel cyclique. Néanmoins, ces émetteurs bénéficieront du programme de rachat des banques centrales, et des mesures de soutien des gouvernements. Cela peut contribuer à ramener un peu de visibilité sur ce segment. La toile de fond reste toutefois la même qu’avant la crise : le portage reste peu rémunéré, les bénéfices à attendre dépendront de la diminution de la prime de risque.