INTERVIEW de Liliane RABAULT, Executive Coach fondatrice de KAIROZ Coaching de transition pour dirigeants et transmision d’entreprise

La cession de l’entreprise est souvent vécue comme une “mort sociale”, alors qu’il s’agit tout simplement d’une transformation personnelle. Nombre de cédants sont désemparés face à ce challenge. D’où l’intérêt de se faire accompagner. C’est ce que propose KAIROZ : anticiper la création d’une nouvelle vie.

1ère question : Le constat en matière de transmissions/cessions d’entreprises

RESODINFO : Vous avez fait une grande partie de votre carrière au sein de la Banque Privée, comment vous est venue l’idée de vous intéresser au capital humain lors des grandes étapes de la vie du chef d’entreprise et notamment lors de la transmission ou cession d’entreprise ?

Liliane RABAULT : Mes 30 ans d’expérience au sein de la Banque Privée ont été un formidable terrain d’observation :

  • La transmission ou cession entrepreneuriale n’est pas innée, jamais enseignée, souvent tabou, rarement anticipée, pas toujours préparée, elle est encore moins accompagnée. Autrement dit, de nombreux blocages peuvent handicaper la transmission d’entreprise jusqu’à la rendre impossible dans certains cas. Un des facteurs majeurs d’échec n’est pas lié à l’opération elle-même, ni même au fait de ne pas trouver de repreneur, mais au passage à l’acte.
  • Quelques chiffres viennent étayer ce constat : Selon la BPCE, 75.000 transmissions/cessions sont réalisées chaque année, 1 opération sur 3 n’aboutit pas et 2 reprises externes sur 3 sont un échec par manque de préparation du cédant. (Source BPI)
  • Le processus de passation est long, complexe, émotionnellement difficile et laisse apparaitre des comportements confus pour certains cédants qui peinent à s’engager et retardent voire reculent l’échéance le plus loin possible, pour la génération future qui hérite de lourdes responsabilités entre tradition et modernité, ou pour des repreneurs extérieurs (Fonds, Private Equity etc.) qui sous-estiment le facteur humain au profit d’une approche économique ou financière.

L’entreprise se prépare à la transmission/cession sur un plan technique, supportée par l’ensemble des expertises autour du dirigeant (juridique, fiscale, patrimoniale, financière et sociale), en revanche l’homme ou la femme rarement se prépare à ce bouleversement majeur.

2ème question : Le passage à l’acte entre l’intention et la réalisation : les erreurs à ne pas commettre

RESODINFO : Quelles difficultés le chef d’entreprise doit-il affronter ?

Liliane RABAULT : Le chef d’entreprise cumule deux fonctions : il est propriétaire et dirigeant responsable. La cession/transmission va concerner l’actionnariat, l’actif financier, l’activité, le management, le capital immatériel : (savoir–faire, compétences, valeurs, qualités des relations interne et externe, la réputation) mais aussi l’histoire de l’entreprise et une tranche de vie importante pour le chef d’entreprise.

  • Le dirigeant est porteur de l’intangible, ce que j’appelle l’âme ou l’esprit de l’entreprise. C’est cette dimension affective, la raison d’être de l’entrepreneur qui va susciter toute mon attention car elle est capitale dans le processus de réalisation face à sa décision. Une des premières erreurs serait d’ignorer la transmission de cet intangible. C’est une clé du succès dans la transmission.
  • L’autre écueil provient du fondateur lui-même, car la retraite (58 % des cessions /transmissions) provoque deux sentiments, désir et refus : passer le témoin pour une retraite méritée et refus d’abandonner le fruit du travail de toute sa vie. Une ambiguïté qui tient à la notion de disparition de son statut. Ce n’est pas son entreprise qu’il cède, c’est sa place dans la société en se dessaisissant de son pouvoir et de son « bébé » pour le transmettre. Le paradoxe étant qu’il est lui-même l’initiateur de son départ.
  • A cela s’ajoutent de nombreuses peurs : l’inconnu, abandon, disposer d’un temps libre vertigineux, ne plus être utile, manquer, ne plus exister, la solitude, changer ses habitudes, bref la mort sociale… L’erreur serait de cristalliser ses peurs et de ne jamais les surmonter.
  • Dans le cas d’une transmission aux héritiers la pression est colossale : faire passer ses enfants du statut d’héritiers au statut de dirigeant. Dans le cas de cette relation, se joue aussi une question d’amour. Dans certains cas, la place dans l’entreprise ne leur est pas donnée, il leur faut la prendre. Il peut craindre d’être déçu par leurs compétences stratégiques et managériales pour conduire l’entreprise tout en ayant le désir de les voir s’émanciper.

3ème question : Des solutions face à des dirigeants non préparés à la transmission ?

RESODINFO : La transmission d’entreprise s’étudie essentiellement sur un plan technique, que proposez- vous concrètement sur un plan humain pour pouvoir l’accepter ?

Liliane RABAULT : Le passage à l’acte relève du « processus de deuil » pour le fondateur. Alors même que la vente est effective, certains dirigeants ne se sont pas préparés en conscience à leur nouvelle situation, absorbés par le projet lui-même. Cela se passe bien quand l’entrepreneur a déjà anticipé sa vie « d’après », mais 3 dirigeants sur 5, selon l’Observatoire de la santé du dirigeant en France, ne se sont pas préparés à ce changement de vie. Deux options s’imposent à lui : soit subir cette période, soit agir.

  • Dans le premier cas, s’il devient spectateur de sa vie, je dirais qu’aucune solution ne sera satisfaisante et le « processus de deuil » est enlisé, avec les conséquences sur lui, sa santé, son entourage, etc…
  • En revanche s’il veut continuer d’être acteur de sa vie et la diriger, alors tout est possible et l’accompagnement est une réponse efficace pour plusieurs raisons : 
  1. Dans un premier temps et avant cession, l’accompagnement humain va permettre de faciliter le lâcher prise, de stimuler la prise de décision et ainsi favoriser et accélérer la réalisation.
  2.  Le coaching permet de solder le passé, va ré-activer les talents, les ressources dont le dirigeant a déjà fait preuve dans ses expériences passées pour faire émerger un nouveau projet de vie porteur de sens : qu’il soit entrepreneurial, social, philanthropique, mentoring, humanitaire, culturel sportif, environnemental, politique, artistique etc. Tous ces domaines vont lui permettre de se mobiliser de nouveau, d’exister au-delà de sa précédente fonction. Animé par une nouvelle raison d’être, le dirigeant pourra envisager le ¼ de siècle à venir sereinement et constructivement.
  3. La recherche de sens lors de cet accompagnement, le regard que le dirigeant porte sur sa relation à l’argent et au pouvoir en seront modifiés. Il passera volontiers du principe d’accumulation aux valeurs de partage, son humanisme et son besoin vital d’être utile prendront le pas sur les leviers que sont le profit et la compétition.   
  •   Ces dirigeants ont mené leurs entreprises sur une dualité risques/opportunités avec une certaine jouissance. Ils doivent apprendre à accueillir l’inconnu comme une condition favorable au changement pour se réaliser, dans l’acceptation de « l’Etre » et pas seulement du « Faire » ou du « Avoir ».

4ème question : Coaching et transmission d’entreprise, un duo gagnant ?

RESODINFO : Vous avez développé KAIROZ depuis quelques années, quelle est votre valeur ajoutée dans le domaine de la transition d’entreprises ?

Liliane RABAULT : Le coaching se présente comme un outil puissant et efficace qui stimule le passage à l’acte et qui permet de vivre une transition positive pour ne pas subir le changement mais le diriger.

Partant du constat que les grands groupes utilisent du coaching ou du conseil lors de leurs réflexions stratégiques et des transitions opérationnelles, notamment pour accompagner leurs cadres dirigeants au cœur des grands bouleversements imposés, j’y ai trouvé un point commun avec les dirigeants des PME/ETI cédants.

J’ai donc décidé d’offrir, avec KAIROZ, le même soutien que je propose depuis quelques années dans ces grands groupes. Leurs décideurs sont généralement accompagnés alors que le dirigeant de PME lui, ignorant souvent ce type de service, en aura autant besoin pour ne pas affronter ce défi seul. Pourtant l’accompagnement personnel est un besoin identique lors des ruptures avec leur vie professionnelle.

Dans mon approche, Le patron de PME est mis au centre du conseil utilisé habituellement par les grands groupes. Une attention toute particulière est portée sur la question du «comment» parvenir à l’objectif futur désiré.

KAIROZ est une offre disruptive, qui explore le capital humain et professionnalise la relation personnelle du dirigeant avec son futur, dans le but d’un départ réussi. Elle s’inscrit au même titre que les professionnels dont le dirigeant s’entoure pour réussir la transmission/cession de leur entreprise.